Pour faire connaitre son superbe livre l'ININI ..

MESSAGE A TOUS LES FANS DU LIVRE "ININI" DE MON AMI RICHARD DIT PAILA.
POUR UNE LECTURE EN CONTINU DE SON OUVRAGE JE VOUS INVITE A CLIQUER SUR CE LIEN : BLOG DE PAILA
BIEN SÛR NOUS CONTINUERONS A LE SOUTENIR AVEC NOS COMS POUR L'ENCOURAGER A CONTINUER A NOUS FAIRE REVER !!!!!!
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# Posté le lundi 21 avril 2008 18:33

LA FEMME FLEUVE 18

LA FEMME FLEUVE 18
Le camp avait été fermé aux touristes et Tao m'expliqua la tournure des évènements pendant le trajet. Comme je m'étonnais des proportions que prenait l'incident je lui demandai :

- Attends, Tao, depuis quand prend-on des gants pour faire filer des clandestins ? C'est quoi ce binz ?
- C'est plus compliqué que ça. La barge appartient à un Boni qui est influent bien au-delà de Maripa. Alors même si on déloge les plongeurs d'autres viendront ! C'est la barge qu'il faut faire partir, tu piges ?
Et j'allais vite comprendre ! Dès notre arrivée au dégrade des insultes en Taki Taki (dialecte parlé sur le fleuve par les noirs) fusèrent a notre encontre.

- Qu'est ce qu'ils nous disent comme mots de bienvenue ?
- Tais-toi et avance
- Comment ça tais toi ? J'aimerais quand même bien savoir pourquoi ils gueulent comme ça
- Ils sont ivres et disent n'importe quoi
- Et n'importe quoi c'est quoi au juste
- Ecoute ne commence pas je suis crevé, j'en ai ma claque. Il y a une semaine que ce cirque dure, alors t'avances !
- D'accord, mais qu'est-ce qu'ils disent ? Traduis !

Tao était exaspéré.

- OK, je vais te le dire, espèce d'emmerdeuse. Ils te promettent de te trancher la gorge, de te violer et ils te maudissent toi et les tiens. Voilà ! T'es contente ?
- Et bien oui ! Ca a au moins le mérite d'être clair...
- C'est ça ! En attendant tu t'installes sous la rotonde et pas dans ton carbet, on va rester groupés.

Groupés ? On était deux ! Je ne pus m'empêcher de rire .Nous passâmes les huit jours qui suivirent en état de siège. Nous nous relayions sans cesse pour surveiller, abusant du café, du rhum et des cigarettes. Tous les soirs, à moins de 50 mètres, de la barge les hommes ivres nous menaçaient et nous injuriaient, nous interdisant tout repos. A ce rythme nos nerfs étaient mis à rude épreuve, la fatigue physique et morale se faisant ressentir de façon plus aiguë. J'étais en manque de sommeil et devenais de plus en plus agressive. Finalement je proposais a Tao de retourner à Maripa pour contacter sa mère et l'informer de la situation.
Nous répartîmes sur le fleuve prenant le risque de laisser le camp sans surveillance.
A mi-chemin nous aperçûmes, venant à notre rencontre, une pirogue conduite par trois hommes de la barge. Dès qu'ils nous virent ils changèrent de cap et foncèrent directement sur nous. Je me précipitai à l'arrière de la pirogue et me mis à côté de Tao, l'interrogeant du regard.

- Je te préviens, je ne dévie pas d'un pouce, alors accroche-toi, si ça cartonne ça va faire mal !
J'étais heureuse qu'il ne cédât pas un pouce de terrain devant l'intimidation, mais inquiète malgré tout car les noirs semblaient déterminés. Tao augmenta la vitesse et, alors que la collision semblait inévitable, ils se dégonflèrent et nous évitèrent de justesse, provoquant une énorme gerbe d'eau qui nous inonda. Tao avait le visage crispé mais devant ma mine réjouie il se détendit. Parvenus au confluent des deux fleuves, il eut le temps malgré notre vitesse excessive de remarquer sur la rive droite une concentration anormale de pirogues ce qui ne lui sembla pas de très bon augure. Son pressentiment se confirma lorsque, en s'engageant sur le Maroni, il s'aperçut que la pirogue qui avait tenté de nous faire chavirer avait fait demi-tour et nous suivait à quelques mètres.

A Maripa on informa Jacques de la tournure des évènements et celui-ci prit la décision avec le Big chef d'alerter les autorités compétentes àCayenne et de demander des renforts pour déloger la barge. Et c'est rassurés que nous allions prendre le chemin du retour. Avant d'embarquer Tao enleva les trois premiers bancs qui se trouvaient devant moi dans la pirogue.

- Voilà, Doudou. Il y a trois possibilités : ou ces cons ont fait un barrage avec toutes les pirogues et, je te préviens, je fonce dans le tas. Ou ils nous canardent, auquel cas tu te couches et je fonce, ou encore ils ont tendu un filet au ras de l'eau et si je ne le vois pas à temps et que l'hélice se prend dedans ... c'est le grand looping. Ok ?
Pas besoin d'autres explications. J'avais compris Dans les trois cas je ne devrais mon salut qu'a son sang froid.
Tao démarra puis lança le moteur à fond. La pirogue semblait ne plus toucher l'eau. Il espérait beaucoup sur l'effet de surprise pour passer indemnes. Nous arrivions dans le virage où nous savions être attendus. Par chance, en une fraction de seconde, Tao aperçut l'un des hommes occupé à accrocher un filet sur la rive opposée. Tao releva le moteur in extremis ; j'entendis le fond de la pirogue qui raclait sur le filet tendu mais nous réussîmes à passer. Et dans un parfait ensemble tous les deux nous leur fîmes un superbe bras d'honneur ce qui nous fit éclater de rire. Nous avions été ensemble face au danger, ensemble dans le même combat et ensemble dans la complicité. Notre amitié venait de prendre une autre dimension, nous liant pour le meilleur et pour le pire.

Quelques jours après notre retour, une pirogue de la gendarmerie accosta et le jeune mobile remit à Tao un message dont je ne connus ni l'expéditeur ni le contenu. Tao, après l'avoir lu, le brûla sans rien me dire et ce n' est que le lendemain matin que je me rendis compte qu'il était parti dans la nuit dans le plus grand silence, certainement en se laissant dériver avec le courant. Je ne comprenais pas les raisons de cette disparition sans un mot d'explication, me laissant seule. Je n'imaginais pas un seul instant qu'il ait pu céder à la peur. Il avait prouvé son courage en différentes circonstances.

Dans la matinée, à plusieurs reprises, un hélico de l'armée survola la zone, prémices d'une intervention militaire dont je ne connaissais aucun détail.
Alertés par le bruit de l'appareil, les hommes des deux barges commencèrent à bouger. Les plongeurs brésiliens de Claude traversèrent le fleuve pour se réfugier au camp. J'essayais vainement de les convaincre de rester pour attendre la suite des évènements. Ils étaient terrorisés et finissaient par me communiquer leur frayeur. A bout d'arguments, dégoûtée, je leur demandai d'embarquer et de remonter le fleuve jusqu'a Yaou pour informer Hervé de ce qu'il se passait.

Je demeurai seule. Tout mon corps se mit à trembler, prise de panique, avec une peur comme je n'aurais jamais cru possible de ressentir, une peur qui vous submerge et vous engloutit, qui vous tétanise et vous fait tomber à genoux. J'étais au pied du mur, face à cet affrontement final que j'avais tellement espéré. Et Tao qui m'avait abandonnée ! Je fus prise d'une rage meurtrière. Ce fut le seul sentiment que je pouvais éprouver. Je refusais ce qui arrivait en bloc, pas question que je ne réagisse pas. Galvanisée par la rage, j'en devins inconsciente du danger et me précipitai sur le râtelier de fusils. J'avais au moins une chance, celle d'avoir chassé pendant des années. Fille et femme d'armurier, le maniement des armes ça me connaissait, et j'eus une pensée pour mon père qui m'avait élevée comme un garçon ! Pour une fois, ça allait me servir !

Ainsi armée je me glissai sous le plancher du carbet qui faisait face au fleuve. Le temps passait. Le silence était oppressant. Soudain je perçus le bruit des pirogues. Ils arrivaient. Mais qui ? Les flics? Les militaires ?ou les clandestins ? Je tendis l'oreille, espérant surprendre quelques mots qui auraient pu me permettre d'identifier les arrivants.

Mes idées roulaient à cent à l'heure et se brouillaient. C'est à ce moment-là qu'un orage éclata, la pluie diluvienne provoquant un vacarme assourdissant .Tous les autres bruits disparurent m'isolant encore plus. Les larmes commençaient à brouiller mes yeux. Sous moi la terre était devenue boue et dévalait à gros bouillons. Je n'y voyais plus à un mètre. De nouveau le désespoir se transforma en rage. Je sortis de mon trou et demeurai à découvert. La pluie cessa soudainement. Plus de moteurs, plus rien, le silence. Je scrutai les rives et les limites du camp. Et là, en bordure, un homme en kaki, puis deux, puis trois ... Je les regardai s'approcher, sans bouger, dégoulinante.

Ils s'arrêtèrent, apparemment stupéfaits de me trouver là. Jacques apparut enfin.

- Doudou, c'est fini. Lâche ce fusil, tu es en sécurité, viens.

Je me précipitai dans ses bras, pleurant à chaudes larmes. Il me serra contre lui en me caressant la tête comme il l'aurait fait pour calmer une enfant.

- Pourquoi il est parti Tao, pourquoi il m'a abandonnée, dis-moi ? ...
- C'était prévu, On lui avait demandé de s'en aller pour que ceux de la barge ne se doutent pas de notre prochaine intervention et pour endormir leur méfiance.

Je me reculai de nouveau, hors de moi, et je me mis à hurler.

- Mais je rêve ! Et moi, je devenais quoi dans tout ça, bande de salauds !
- Nous étions persuadés que tu allais te tirer avec les plongeurs et te mettre à l'abri, c'était sans compter avec ton sale putain de caractère. Tu ne fais jamais ce qu'on espère !
- Evidemment ça va être encore de ma faute !

Jacques me souriait. Pour lui ma colère était un bon signe. Je refaisais surface et n'avais rien perdu de mon insolence.

- Arrête c'est bon, je te présente le sergent et le radio de l'armée de terre.
- Merci de préciser. J'aurais pu imaginer que c'était la Marine ! Maintenant que vous avez nettoyé le coin, on va peut-être pouvoir reprendre le cours de notre vie.
- Pas tout à fait, me répondit le sergent. Les clandestins ont réussi à fuir par la forêt, alertés par le bruit de l'hélico certainement.
- Ah ça ! C'est sûr qu'ils ont compris ! Il ne faudra pas oublier de féliciter de ma part le couillon qui a mis cette mission sur pied. Il aurait carrément dû leur envoyer une invitation à se tirer avec un délai de 48 heures, ça n'aurait pas été pire !
- C'est le colonel M........qui nous envoie. Je crois qu'il vous connaît....Et demain un Puma vient vous récupérer.
- Elle est bien bonne celle là ! Regarde-moi bien, sergent ! Est-ce que j'ai la tête ravagée par l'épuisement ?
Est-ce que tu penses réellement que je me suis bouffée la santé pendant dix jours pour me tirer maintenant ? Je vais te donner un conseil. T'as une radio, appelle pour lui dire, au colonel, que puisqu' il me connaît, il sait qu'il n'est pas près de me faire monter dans l'hélico. Personne et même pas lui me fera partir d'ici. Et dis-lui que s'il insiste je me casserai à Yaou. C'est le genre de truc qui va le mettre en joie, je le connais. Il va fulminer. Et présente-lui mes amitiés, au colonel. Maintenant, salut ! Je vais me coucher et dormir pendant des heures, ok ?

Ravie d'avoir pu évacuer mon stress à travers ma colère, je plantai là le sergent tout perplexe sur l'attitude à avoir avec moi. Et je laissai un Jacques goguenard en train de se marrer devant ma sortie théâtrale. Je retrouvai mon carbet, m'écroulai sur mon lit et m'endormis enfin !

# Posté le mardi 22 avril 2008 04:52

Modifié le jeudi 24 avril 2008 02:30

LA FEMME FLEUVE 19

LA FEMME FLEUVE 19
Je me réveillai au milieu de la nuit et j'avais oublié les heures précédentes, Jacques, les militaires, les hommes de la barge...Juste le désir d'aller me plonger dans le fleuve. Dès que je sortis de mon carbet, je ressentis une présence à quelques mètres. Quelqu'un m'épiait et se déplaçait en même temps que moi. Mon coeur recommençait d'avoir quelques ratées, nuit noire sans lune, je ne pouvais juste que sentir sa présence qui se rapprochait vraiment beaucoup trop à mon goût ...

- N'ayez pas peur ,Madame, n'ayez pas peur.

Une voix essayait de me rassurer. Un militaire finit par se montrer. La peur ayant tendance à me faire perdre tout sens de la mesure, je me mis à lui rentrer dedans ...

- Mais t'es con ou quoi !!! Qu"est-ce que tu fous ? Tu m'as foutu une trouille pas possible !!!
- Désolé, Madame, mais je dois vous protéger ...
- Mais de quoi, bon dieu ?
- Des clandestins, Madame. Ils sont certainement autour du camp ...

Il commençait à me gonfler avec ses "Madame" ! Et oui, je les avais oubliés tous autant les uns que les autres .

- Excusez -moi pour la peur, mais vous vous déplacez toujours la nuit sans lumière ?
- Mais non ! D'habitude je me trimbale avec un lampadaire !.....Mais bien sûr que je me déplace dans le noir. Je connais chaque centimètre carré de ce terrain .....

Il fallait que je me calme. A la réflexion, si j'avais pu passer inaperçue, les hommes de la forêt le pouvaient tout autant. J'allais devoir accepter de partager à présent mes moindres faits et gestes sous le regard de cet homme.

- Et tes potes, ils sont planqués où ? Je n'aimerais pas marcher sur l'un d'entre eux en allant me baigner ...
- C'est bon, il n'y a que moi.
- C'est ça ! En plus prends-moi pour une conne !!! Et puis après tout je suis chez moi, ici, et rien ne m'empêchera d'aller me plonger dans les remous.

Je m'immergeai entièrement. Je me vidais la tête et, les yeux femés, me laissais bercer. Je savourais enfin quelques instants de paix
Il me fallait désormais apprendre à vivre au milieu de ces hommes, intrus sur mon territoire, mais auxquels je devais cette liberté-même de pouvoir espérer revivre comme avant .
Les premiers rayons du soleil me trouvèrent endormie sur les rochers, et c'est la voix pleine de "douceur" de Tao qui me sortit du sommeil.

- Ramène-toi, et magne, ils veulent te parler.
- Et bonjour ? ça t'arracherait la gueule de le dire, doudou ?

Je les retrouvai attablés pour le petit-déjeuner, répartis en deux groupes. Il y avait ceux qui se tapaient les rations délicieusement cuisinées par l'armée et les autres, qui se gavaient d'un déjeuner touristique, forfait tout compris !

- Eh bien ! Je ne savais pas que c'était le clud med ici ?
- Je t'en prie, ne commence pas, bordel, dès le matin, je n'ai pas l'humeur à rigoler.
- Mais bien sûr, Monseigneur, tu n'as qu'à demander, je vais te faire la danse du ventre pour te mettre de bonne humeur, tu veux ?

Tao leva les yeux au ciel. Il les levait souvent depuis qu'il me connaissait , implorant un dieu qui, de toute évidence, se foutait royalement de ses prières. Moi j'avais l'habitude ...mais vu les regards perplexes des zigotos attablés je me rendis compte que notre relation leur faisait se poser quelques questions .

- Au fait, Messieurs, lequel d'entre vous dois-je féliciter pour son zèle dans ma protection rapprochée de cette nuit ?

Silence total dans les rangs, un ange en treillis passa ...
Enfin une voix s'eleva.

- Moi, Madame. J'étais de garde auprés de votre carbet . Mais je ne vous ai pas entendue sortir .
- Tu pourras te vanter de m'avoir fait de l'effet !

Ce fut la phrase de trop, celle qui représente la goutte d'eau qui fait déborder le vase, celle qui allait entraîner les foudres sur ma tête...De toute évidence j'avais légèrement agacé Tao ....Et la gueulante qu'il poussa , fut à la hauteur de l'espérance des mouflets en uniforme, et censée les mettre à l'abri de mes commentaires aigre-doux ...

- Messieurs je préfère vous avertir que les pires choses qui peuvent vous arriver ici ne sont ni les mygales, ni les jaguars, ni le palu.... Le pire fléau, il est là sous vos yeux , c'est elle ! Elle est insupportable, indisciplinée, insoumise... Elle n'en loupe pas une, elle ne laisse aucun repos, elle est la pire des emmerdeuses .. Pigé les mecs ?

Je savais bien que cet homme m'aimait ! Mais à ce point !

- Bon vu qu'il a fait les présentations, inutile que je décline mon nom, mon âge et mes mensurations.
- Et voilà ! Elle remet ça .

Un regard circulaire sur tous les regards rigolards qui soutenaient Tao dans une même complicité virile me permit de prendre la mesure de la solidarité masculine ....
Pourtant je restais accrochée à ce que je lus dans les yeux du sergent à l'air intrigué, plutot doux et complice. Le regard ...au moins ! Un allié pour moi ! je commençai à me dire que cette présence allait être très très agréable ...



# Posté le mardi 22 avril 2008 04:58

Modifié le mardi 22 avril 2008 05:10

LA FEMME FLEUVE 20

LA FEMME FLEUVE 20
L'armée était là depuis trois semaines. Hervé était revenu de Yaou et avait décidé de rester avec nous, j'en étais ravie. Il savait apaiser les tensions que provoquaient les rapports ô combien complexes entre Tao et moi. Il avait compris que ce qui nous unissait était au delà du compréhensible.

La vie s'était organisée. Malgré mon esprit indépendant, j'acceptais les contraintes que l'on m'imposait. Je ne pouvais plus aller au fleuve sans être surveillée. Le layon qui menait à la forêt m'était désormais interdit et je ne devais en aucun cas m'éloigner des hommes.

Cette situation ne devait être que momentanée et je m'en accommodai. Les journées étaient consacrées à la baignade et à la surveillance, les nuits aux discussions sur tout et sur rien, le train-train quotidien avec toutefois un bémol : je poussais de temps en temps une gueulante car ils me foutaient leurs Famas dans tous les coins de la rotonde et ça avait le don de m'énerver ! Quelques nuits mémorables ou le rhum et le whisky coulaient à flots et entraînaient des délires, nous éloignant de toutes tensions. A bien y réfléchir avec le recul, dans ces moments-là, les clandestins n'auraient eu aucun mal à mettre le feu au camp ! Tao ne me lâchait pas d'une semelle, m'imposant ses humeurs, et faisait bien comprendre à tous les autres que, même si je n'étais ni sa femme ni sa maîtresse, je lui appartenais...

Tout était calme. Rien ne nous avait laissé présager l'arrivée de MONSIEUR LE COLONEL ! Celui-là, je l'affrontais à chacune de nos rencontres, qu'il soit en vacances à 3S ou au boulot, c'était toujours la même chose : il faisait une fixation, il n'admettait, ni ne supportait, ni ne tolérait que je puisse marcher pieds nus ! Cela était d'une importance capitale pour lui ! Il n'y avait vraiment que cet abruti pour ne pas penser que je ne lui cèderais jamais et comme, en plus, il me faisait penser à mon père avec sa façon de vouloir me gérer, je me faisais un devoir de lui résister.

Arrivée plus que bruyante d'un hélicoptère puma... Et l'autre qui se pointait. Son regard suffit à me mettre au parfum dans la seconde. Cette fois, je n'allais pas me jeter à son cou pour l'embrasser devant ses hommes, je n'étais pas suicidaire ! Ce n'était pas le moment de plaisanter, la situation s'était aggravée et nous n'en savions rien ! Les petits mecs sympas allaient repartir et être remplacés par des pros, des durs, des francs méchants, et comme un bonheur n'arrive jamais seul, après avoir fait son annonce pendant laquelle je lançais des regards complices aux mômes, ce que "oeil-de-lynx" avait repéré, il prit encore le temps de me choper par la nuque et de m'entraîner à l'écart pour me dire ce qu'il pensait.

- Je suppose que ce n'est même pas la peine que je te demande de te tirer d'ici ?
- Même pas en rêve ! Je reste... et pieds nus ....Au fait ta femme, tes mômes ça va ?
- Fous-toi de ma gueule, en plus ! Je sais le bordel que tu peux foutre, ceux qui vont débarquer ne sont pas des tendres, et ils auront des consignes te concernant ...
- Fais ce que tu dois faire, je ferai avec ...mais pieds nus !

Je savais que le seul fait de lui rappeler que je ne lui céderais jamais un pouce de terrain sur ma liberté d'être moi-même le mettait en rage. Pourtant, il se contenta de lâcher ma nuque et de caresser mes cheveux. J'en étais scotchée. Ce geste était révélateur d'une certaine tendresse dont je le croyais dépourvu. Du coup je perdis toute envie de rébellion contre lui.

Ils étaient tous prêts et attendaient devant le Puma. Tao et Hervé nous rejoignirent, et là, le déluge d'émotion, le coup au c½ur quand ils se mirent à entonner un chant tahitien... Aujourd'hui encore, des années plus tard, la seule pensée de ce souvenir me donne des frissons. Un vrai CADEAU, le plus inattendu, le plus bouleversant, celui qui met en mémoire à jamais l'émotion d'un instant ...Ils venaient de faire fort les petits ! Et mon regard accroché à celui du sergent, qui finit par s'approcher, me prit dans ses bras et me murmura :

- Je reviendrai

Et moi qui m'accrochais désespérément à la main de Tao..Même le colon, pour une fois, n'avait pas aboyé d'ordre, rien. Il l'avait fermé.

Ils embarquèrent. Le puma s'éleva à l'horizontale et disparut au-dessus des arbres ...Hervé et Tao ne me charrièrent pas sur mes yeux larmoyants. Ils me prirent par la main et me ramenèrent chez nous, sans un mot ...

Quelques mois plus tard j'eus l'immense joie de revoir mon sergent ; il m'apportait aussi des lettres de quelques-uns des mômes ....
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# Posté le mardi 22 avril 2008 05:06

Modifié le mardi 22 avril 2008 17:46

LA FEMME FLEUVE 21

LA FEMME FLEUVE 21
Le lendemain, de nouveau le Puma. Bien obligée de faire preuve d'un minimum de civilités, je sortis Hervé de son hamac et ensemble nous nous se dévouâmes pour aller réceptionner les hommes de guerre. Et nous ne fûmes pas déçus ! Ceux-là étaient des pros, des durs, tous avec des gueules taillées à la hache, un regard qui ne donnait pas vraiment envie de faire un câlin ... Mais ma bonne éducation reprenant le dessus je les accueillais avec une phrase d'une platitude exemplaire :

- Bonjour, messieurs, heureuse de vous voir ...

Mais pourquoi Hervé se crut-il obligé de me murmurer :

- Menteuse !

Parce que le fou-rire que je pris alors ne fut pas du tout du gout de l'adjudant « CHEF », et c'est sous son regard furieux que je décampai au plus vite pour me réfugier dans la rotonde.

L'affrontement commença sur le champ. Les consignes étaient simples : PERSONNE ne devait m'approcher. J'y vis un coup bas du COLONEL ! Nous fûmes mis au courant des consignes in petto. Il m'avait dit que ce n'était pas des enfants de Marie qui allaient se pointer, mais il avait oublié de me préciser que c'étaient des Pitt Bulls et qu'ils nous envoyaient et c'est scotchés et éberlués que nous vîmes ces hommes prendre possession de notre camp, le transformant en terrain militaire.

Dès le lendemain matin, ce ne furent plus que gueulantes, coups de sifflet, ordres hurlés ... A croire qu'ils étaient tous sourds ! Naturellement ils nous ignoraient, ne faisaient aucun cas de notre présence. Seul l'adjudant « CHEF » nous parlait et ayant osé me demander vertement de rester sous la rotonde ou dans mon carbet il déclencha les hostilités dans la foulée.

- Mais ça va pas, tu ne crois quand même pas que je vais rester confinée ici ? Alors là, tu vois, même si t'as des bigoudis sur les épaules, MOI j'en ai rien à foutre, OK ? Tu ne me donnes pas d'ordres et je te rappelle, au cas où tu l'aurais oublié, que je suis UNE CIVILE ! Alors, tes ordres, tu te les fous ...
- C'est bon doudou, il a compris ! Tu vas nous les mettre de mauvais poil à gueuler plus fort qu'eux ! intervint Hervé.
- Non mais ils foutent le boxon, nous cassent les oreilles et en plus MONSIEUR voudrait me faire obéir! T'y crois-toi ?
- Non ! Te connaissant je ne risque pas d'y croire ! Allez calme-toi, on va au fleuve ensemble et après on négocie.
- Je vais t'en foutre moi des négociations ! Il baisse d'un ton et il me lâche ! Voilà ! Ce n'est pas compliqué.

L'adjudant « CHEF » ayant un moment de flottement sur l'attitude à prendre, j'en profitai pour le pousser avec ma main sur son torse et, je dus me rendre à l'évidence, le bougre avait de sacrés muscles sous la chemise. C'était loin de me déplaire. Surpris il recula et je me faufilai pour aller me baigner, le laissant perplexe, certainement peu habitué à ce genre de réaction.

Les jours se suivaient et se ressemblaient tous, mais j'avais pris le parti d'attendre que l'ambiance se détende, profitant du spectacle de tous ces torses nus qui roulaient des muscles pendant leurs exercices sportifs. Finalement il n'y avait que moi qui semblais apprécier le spectacle et je trouvais Tao et Herve extrêmement de mauvaise foi dans leurs commentaires à l'encontre de tous ces mâles.

Ce que j'attendais avec patience arriva plus vite que prévu, parce qu'il y a une petite chose que de toute évidence ils ne connaissaient pas, les gros durs, c'est que les abdos au petit matin dans la rosée ... C'était MORTEL ! Les poux d'agouti y foisonnaient et ces charmantes bestioles n'avaient rien à envier aux poux européens. Ce fut donc avec une certaine jubilation que je vis l'adjudant « CHEF » et ses hommes se gratter frénétiquement et obligés de venir me demander une crème apaisante avant que les irritations tournent au cauchemar.

Et quel bonheur quand il se ramena, avec beaucoup moins d'arrogance pour me demander mon aide.

- Comment ça ? Vous êtes attaqués de toutes parts par une horde de poux d'agouti ? Ca, c'est terrible !

Pendant quelques secondes il hésita, puis il prit le parti d'éclater de rire, donnant à ses yeux si bleu une lumière bien séduisante.

- Ok, c'est bon, vous avez gagné, on fait la paix ! En plus mes hommes commencent à vous trouver sympa, alors ...
-Allez, vire ta chemise, je vais te la passer la crème sur le dos, tu vas voir ça sera mieux que si c'est ton Radio qui le fait.

Cette fois-ci l'ambiance fut encore plus détendue que prévu. Je laissais mes doigts courir sur son dos lentement et, m'attardant sur sa nuque, je m'amusai à le mettre mal à l'aise, gêne qui fut à son comble quand un de ses hommes vint le chercher pour parler à la radio avec le colonel !

Et quand, alors qu'il se précipitait toute chemise dehors derrière son homme qui était fendu d'un sourire goguenard, je lui lançai, histoire de l'achever :

- Et bien tu vois ! C'était super bon tous les deux !

Quand il se retourna, je crus un instant qu'il allait nous abattre MOI et l'autre soldat qui avait été témoin de ce moment intime qui risquait de remettre en question toute son autorité ! Mais ce fut d'un magnifique sourire que, finalement, il me gratifia.

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# Posté le mardi 22 avril 2008 09:25

Modifié le mardi 22 avril 2008 13:10