LA FEMME FLEUVE 3

LA FEMME FLEUVE 3

Après un atterrissage spectaculaire sur une piste en terre battue je rejoignis l'embarcadère des pirogues, étape de mon voyage. J'y vis un jeune homme adossé à un énorme manguier qui manifestement devait servir de point de rendez-vous habituel. Je crus un instant qu' il s'agissait de Xavier. Claude alla l'embrasser et lui présenta son groupe d'américains.

- Chantal, je te présente Tao, mon fils, me dit-elle.

Nous échangeâmes une poignée de main. Il avait une façon de me dévisager qui ne cédait en rien à celle de sa mère.

- On l'emmène avec nous ?
- Non, elle attend Xavier
- Alors, on se reverra tous les deux. Salut !

Il me laissa, un sourire au coin des lèvres. Tout le groupe embarqua dans une magnifique pirogue, les américains casés tant bien que mal, Tao au moteur et Claude à l'avant. Je la regardai partir avec regrets ; j'aurais aime rester avec elle. Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle se retourna au même moment et m'adressa un petit signe de la main en hochant la tête, comme pour me dire : à bientôt ma grande !
Seule j'allais me réfugier à l'ombre du manguier pour attendre Xavier. Ici j'allais découvrir que régnait chez les habitants sinon un certain je-m'en-foutisme du moins beaucoup de nonchalance, alors un petit retard d'une heure...

Enfin il arriva, tout sourire, flegmatique, sûr de lui, beau, très beau gosse, mon futur guide. Mais je n'aurais pas donné le bon dieu sans confession à cet homme au visage angélique.
Il prit mon sac et me demanda de le suivre. En comparaison avec la pirogue qui avait emmené mes compagnons de voyage, je crus m'asseoir dans une maquette. Petit bateau, petit moteur, l'aventure avec un grand "A" venait de commencer réellement.

Après un quart d'heure de navigation sur le Maroni que nous remontions tout en longeant la rive du Surinam, nous bifurquâmes sur l'Inini. Nous entrions dans la forêt. Je me sentais en harmonie avec ce pays, sans aucune peur, en totale confiance. Ce fleuve opaque et sombre, ce défilé ininterrompu d'arbres de plus de trente mètres de haut qui bordaient chaque rive, ces rochers blancs surgissant de l'eau ça et là, le soleil qui inondait ce spectacle...

Tout cela je l'avais déjà vécu. Où ? Quand ? Je ne le savais pas. Ce fleuve, cette forêt dans laquelle j'allais m'immerger ne provoquaient en moi aucune de ces appréhensions que normalement j'aurais du éprouver. Je ne m'étais pas trompée de destination.

Toute en confiance, j'en appréciais d'autant l'habileté de mon pilote à faire évoluer sa pirogue à travers les rochers. Malgré tout, nous embarquions des paquets d'eau que je n'avais pas encore le réflexe d'écoper. Le fleuve devenait torrent, violent et tumultueux, dans ce cheminement étroit ou les eaux contrariées et furieuses refusaient de se laisser dominer. Je pris le temps de regarder le camp de Claude que nous croisions.

Soudain je le repérai, caché derrière un arbre, immobile pour ne pas signaler sa présence, je le fixai et le saluai d un geste en lui souriant.

- Tu le connais,
- Je l'ai rencontré tout à l heure, j'ai voyage avec sa mère. Pourquoi ?

Sa réponse ressembla à un avertissement.

- Le loup s'est mis en chasse.
- Et je suppose que le gibier, c'est moi ?
- Oui.

J'aurais du ressentir une violente colère à être ainsi l'objet d une convoitise aussi vulgairement exprimée. Pourtant je me surpris à éprouver de la compréhension pour ces deux lascars. Voire même un certain plaisir à être ainsi convoitée. Un peu surprise par ma propre réaction je compris que le long parcours qui allait m'amener à faire connaissance avec moi-même venait de commencer et c'est en souriant que je me retournai pour planter mon regard dans celui de mon guide. De toute évidence ce n'était pas que dans les layons de la forêt que celui-là allait me faire connaitre la grande aventure.

Cela avait au moins le mérite d'être clair. A l'évidence les mecs ici ne faisaient pas dans la dentelle. J' en conclus qu'il allait falloir très rapidement me faire à cette situation, d'autant que j'allais vivre dans un milieu composé uniquement de mâles pour lesquels la femme ne semblait être qu'une femelle à traquer, piéger, et consommer. Le discours sur l'égalité des sexes ou le militantisme M L F n avait pas cours ici. J'allais devenir la faiblesse de ces machos, plus femme que jamais, et en les confortant dans leur impression de supériorité, sans jamais mettre en doute la virilité triomphante dont ils faisaient état, profitant ainsi du meilleurs d'eux mêmes. La traque pouvait donc commencer, le gibier n'était pas effarouché. Au contraire, très intrigué et prêt à être piégé...

Le voyage se poursuivit dans le calme. Sans raison apparente, alors que nul obstacle ne semblait gêner notre progression, Xavier zigzaguait d'un côté à l'autre du fleuve. Je m'en étonnai.

- C'est pour éviter les rochers.
- Mais quels rochers ? Je ne vois rien.
- Le danger ne vient pas de ce que l'on voit, mais toujours de ce que l 'on ne voit pas. C'est le propre de ce pays.

Je commençais mon apprentissage. Un dernier méandre et nous arrivâmes. Une indienne qui lavait sa vaisselle dans le fleuve s'enfuit à notre approche. J'étais une étrangère, une intruse, et son attitude était normale.
Les indiens, pacifiques mais distants à l'égard des étrangers, m'accueillirent gentiment sans toutefois se départir de la réserve habituelle à l'égard de tous ceux qui ne sont pas de leur race. Cela ne me gêna pas, je ne me sentis ni exclue, ni rejetée mais simplement différente. Je savais qu'il me faudrait plus de quelques jours pour parvenir à être intégrée dans le village.


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# Posté le mercredi 16 avril 2008 08:58

Modifié le mardi 22 avril 2008 13:31

LA FEMME FLEUVE 4

LA FEMME FLEUVE 4
Xavier m'installa directement dans son carbet, sous le prétexte qu'étant seule il valait mieux pour ma sécurité que je dorme auprès de lui ! Mais pourquoi pas, après tout, je n'avais déjà plus rien à faire des convenances et finalement je trouvais amusant cette approche du mâle protecteur.

Je parcourus du regard le village indien avec ses carbets et son Toukousipane en plein milieu. J'avais tout à apprendre des coutumes et des croyances des indiens qui, ce soir, m'observaient de loin. Je sus qu'il me faudrait de la patience pour arriver à m'intégrer. Mon premier séjour ne devait durer que 12 jours mais, à cet instant, je compris que j'allais revenir pour beaucoup plus longtemps, que la route serait longue et que je ne devais plus hésiter. Une partie de mon avenir allait se dérouler ici, j'en avais la certitude. Alors ce fut sereine et apaisée que je descendis au dégrade. Je faisais mes premiers pas sur ces rochers réchauffés par le soleil de la journée, lisses et doux, polis par des millions d'années, encore intacts et vierges de la pollution de l'homme. Je m'y assis en écoutant les bruits qui s'élevaient dans la forêt, je m'imprégnais des odeurs exhalées par la fraicheur de ce début de nuit.

Xavier ne fut pas long à me rejoindre. Il s'assit derrière moi et m'entoura de ses bras.

- Regarde, là juste en face de toi, au ras de l eau. Tu vois ces deux points rouges qui te regardent, c'est un caïman....

J'avoue que celle-là, on ne l'avait jamais faite !
Je fis ce qu'il espérait et me blottis contre lui, comme pour réclamer sa protection face à ce terrible danger. Il bascula mon corps tout doucement et tout comme je l'espérais son regard fut au-dessus de moi, ses mains s'enhardirent avec force et détermination pour mon plus grand plaisir. Et nous fîmes l'amour en silence sur les rochers. Sans tabous, sans préjugés, seulement deux corps qui se cherchent, qui se trouvent et qui se réalisent dans l'accomplissement de l'acte physique. Xavier était un bon amant. Un peu sauvage il m'imposait ses désirs, je ne fus ni choquée ni effrayée. Je me laissais aller, m'abandonnais. Me découvrant sauvage dans mon comportement et forte de ces nouvelles sensations. J'étais en train d'envoyer aux orties quarante années de principes paternels. Je découvrais enfin l existence d'une alternative au discours moralisateur de mon géniteur. Et toute à cette nouvelle perspective, je m'endormis malgré le concert des singes hurleurs qui envahit ma première nuit.

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# Posté le mercredi 16 avril 2008 14:46

Modifié le mardi 22 avril 2008 13:34

LA FEMME FLEUVE 5

LA FEMME FLEUVE 5

Dès cette première nuit passée dans les bras de Xavier, j'ai su que j'allais faire un bout de chemin avec lui. L'avenir devait le confirmer.
Je l'ai aimé pour son regard de sale gosse capricieux, je l'ai aimé pour sa force, sa beauté, sa capacité à se surpasser, ses colères et son innocence.
Je l'ai aussi aimé parce qu'il a su réveiller en moi la "femelle" qui sommeillait, je l'ai aimé malgré son infidélité permanente, je l'ai aimé pour ce qu'il m'a appris, donné puis repris. Mais plus tard j'ai su aussi très vite avec certitude que, en dépit cet amour, je le quitterai sans souffrir.

Bien qu'en lui portant des sentiments sincères, je me savais insoumise et rebelle, je me sentais libre de mes choix ; aujourd'hui ici, demain ailleurs, fidèle à ma liberté retrouvée, je n'avais à respecter aucune promesse, aucun serment.

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# Posté le mercredi 16 avril 2008 15:40

Modifié le mardi 22 avril 2008 13:37

LA FEMME FLEUVE 6

                   LA FEMME FLEUVE 6
Le matin suivant, je me levai avec le soleil. Je descendis au fleuve auquel je m'abandonnai un grand moment, me délectant de cet instant de calme et de solitude. Les indiens et Xavier dormaient toujours. Je résolus d'allumer le feu et me rendis compte que je ne possédais pas encore toute la technique des autochtones. J'eus beau insister, tempêter, rien n y fit .

Heureusement entre-temps, sans que je m'en rende compte, une indienne s'était levée et sans doute devait-elle se régaler du spectacle que j'offrais. Heureusement Kouliaoucou prit en pitié la pauvre petite blanche en lui apportant un minuscule tison. Sinon, j'y serais encore ! En deux minutes le feu crépita. Quand elle eut terminé, sans un regard ni un geste pour moi, mais toujours avec un petit sourire au coin des lèvres, elle repartit silencieusement vers son carbet. Je compris que, malgré la distance qu'elle avait mise instinctivement entre nous, je ne lui étais pas tout à fait indifférente.

Le jour s'écoulaient paisiblement, ponctués par de longues baignades et des moments de détente silencieuse sur les rochers. A ma grande joie, les indiens se faisaient chaque jour plus familiers. Mes ébats amoureux avec Xavier continuaient. Comme cadre nous n'avions aucun terrain de prédilection, les rochers, la forêt, le fleuve, la pirogue....et même le hamac ! J'appris à cette occasion que l'utilisation de ce dernier doit être exclusivement réservée au repos « solitaire », son usage en double pouvant être considéré comme un exercice de style avec figures imposées. Toutes variantes dans ces dernières, outre le fait que l'esprit n est concentré que sur le maintien de l'équilibre, s'avérant rapidement sinon dangereuses du moins très préjudiciables au bon déroulement des opérations.

J'étais en train de changer. Tout devenait intense, d'une intensité que je n'avais jamais imaginée. Le corps de cet homme, le fleuve, le simple fait de respirer dans cette forêt dans laquelle je m'épanouissais. Toutes ces sensations me révélaient à ma propre identité. Je ne devais plus jamais être la même, je le ressentais déjà au plus profond de moi. J'étais en train de comprendre que je me sentais vivre en harmonie avec mon moi profond, je n'en appréciais que davantage d'être une femme. De toute évidence aucune civilisation dites « civilisées » ne me convenait. Je sus, à partir de ce moment, que je serais toujours en retrait de ce monde qu'il me faudrait pourtant un jour retrouver. Le moment d'éclaircir la situation avec mon mari était arrivé. Mon escapade de quelques jours touchait à sa fin. Je rentrai en France.

Dès que j'apparus dans le hall de l'aéroport ou Alain m'attendait, je sus qu'il avait compris. J'étais heureuse de le retrouver, il était mon meilleur ami ! Mes premières paroles furent :

- Je vais repartir
- Je sais

La complicité qui nous liait depuis plus de 10 ans lui avait permis de tout deviner, avant même que je lui aie donné la moindre explication. Dans un regard il lut le bouleversement qui s'était opéré en moi. La femme qui revenait était différente et il sut que celle qu'il avait connue n'existait plus. Le sentiment que nous partagions était profond et dénué, chez l'un comme chez l'autre de tout égoïsme. Il ne tenta rien pour me retenir, il avait compris que le reste de ma vie ne lui appartenait plus. Nous avions toujours vécu dans le respect de la liberté de l'autre, sans aucune des conventions qui régissent habituellement les rapports de couple. Il devait à son tour vivre un autre amour pour une autre femme. Le dialogue avec lui demeurerait permanent ; à chacun de mes retours, dans les années qui suivirent, il ne s'interrompit jamais.

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# Posté le jeudi 17 avril 2008 04:30

Modifié le mardi 22 avril 2008 13:40

LA FEMME FLEUVE 7

LA FEMME FLEUVE 7
]Il ne se passait pas une seule journée sans que n'intervint quelque événement, souvent de peu d importance, mais qui nous obligeait à improviser. Ce jour-là, Xavier me demanda de l'accompagner à Maripa... A chacun de ces voyages, le long du fleuve, nous passions devant le village d'une ethnie noire, les Saramakas. En approchant de leur village nous fûmes appelés par les hommes manifestement affolés. Dès notre arrivée, nous vîmes la cause vivante de leur panique : un énorme boa de plus de 3 mètres, gonflé par le repas qu'il avait ingurgité, se prélassait paisiblement sur la berge. Xavier fut ravi de l'aubaine et décida de le ramener à Yaou.

- Tu m'aides ?
- Pardon ? Je t'aide à quoi ?
- A le choper, bien sûr !
- Deux minutes, s'il te plaît. Qu'est-ce que tu veux en foutre de cette bestiole ? Non, ne réponds pas, je sens que tu vas m'énerver. Alors, admettons que nous arrivions à maîtriser la bête, comment la ramène-t-on ? Je la porte en étole autour du cou ou tu la préfères sur mes genoux ?
- Ecoute ! Je vais faire le tour du village pour trouver un grand sac de toile, tu te plantes devant le boa, tu ne le quittes pas des yeux, tu le charmes, tu le tétanises et il ne bougera pas d'un pouce.
- Ben voyons ! Si tu le dis ! Tu te dépêches parce que je suis pas du tout sûre qu'il soit sensible à mes charmes, notre KÂÂ !

Je m'évertuai donc à fixer l'animal, persuadée que cela n'aurait aucun effet s'il décidait de bouger. Statufiée sous le soleil, la torpeur me gagnait. Mes jambes s'ankylosaient, j'avais envie de fumer une cigarette et me demandais si Xavier n'était pas parti chercher son sac à Pétaouchnoc ! Je comprenais la peur des villageois ; dans leurs croyances le serpent est maléfique, il représente l'esprit mauvais d'un mort et, pour rien au monde, ils ne l'auraient approché, ni, à plus forte raison, tué.

Xavier arriva enfin, muni d'un sac, dont, à vue d'½il, la taille paraissait un peu mince pour le gabarit du boa. Je m'abstins de tout commentaire en l'écoutant m'expliquer la suite des opérations.

- Je vais le saisir derrière la tête, toi tu le soulèves par le milieu du corps et nous le glissons dans le sac.
- Tu es sûr de ton coup quand même, parce que le petit, là, ça m'étonnerait qu'il apprécie que tu lui serres le quiqui !
- Ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude.
- Ouais...Et bien, tu vois, moi je le sens mal ce coup-là, je ne sais pas pourquoi !

Selon lui, il n'y avait aucun problème. Le seul point de vue qu'il n'avait pas envisagé était celui du reptile. Dès que Xavier lui eut bloqué la tête, il se mit à se tortiller avec une force incroyable. J'avais bien réussi à le saisir mais, contrairement au schéma prévu, c'était lui qui me trimbalait dans tous les sens sans que je puisse un seul moment maîtriser ses mouvements puissants. Le comique de la situation commença de m'échapper lorsque Xavier qui ne voulait pas abandonner la capture se mit à crier.

- Ne panique pas ! Il faut que tu attrapes le bout de sa queue et que tu le mordes le plus fort possible.
- Tu te fous de moi ? Si c'est encore une de tes blagues, elle est franchement nulle !
- Mais non, fais moi confiance, c'est la seule solution ! Ca va le tétaniser, grouille toi !

Faisant contre mauvaise fortune bon c½ur, je réussis à saisir l'extrémité du boa que je mordis furieusement. Il était plus que temps ; je ressentais des crampes dans tout le corps et Xavier commençait à faiblir. A deux reprises la gueule du boa avait frôlé mon épaule, prête à mordre. A ma grande stupeur Il cessa effectivement de bouger, moment que nous mîmes à profit pour le fourrer dans le sac.

La scène avait provoqué l'hilarité des villageois qui, prompts à oublier leur frayeur première, se répandaient en commentaires que je préférais ne pas comprendre, il me suffisait d'en deviner la teneur.

- Je te préviens, si tu dis à qui que ce soit ce que tu viens de me faire faire et si tu émets le moindre commentaire douteux, je te réserve les mêmes représailles... et je te fous dans le même sac que le boa !
- Ne te fais pas de soucis ma Bichette, je serai muet comme une carpe.

Promesse qu'il fit passer aux oubliettes dès qu'il rencontra le premier pékin venu, en l'occurrence Jacques, flic en service à la gendarmerie de Maripa qui, lui, s'empressa à son tour de divulguer l'histoire à tous les habitants de la commune. Et je devins, en deux temps trois mouvements, la-femme-qui-bouffe-la-queue-des-serpents ! Ca commençait très fort pour ma réputation !


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# Posté le jeudi 17 avril 2008 05:15

Modifié le mardi 22 avril 2008 13:42