Dès le lendemain, j'affrontai à l'aéroport ma première difficulté. Purement administrative. J'eus la désagréable surprise de m'entendre dire qu'aucune place sur le vol de Maripasoula ne m'avait été réservée. L'employé, un noir ventripotent, débordé par l'enregistrement de dix huit passagers en une heure, m'informa qu'il ne pouvait rien pour moi. Je commençai à hausser le ton, avec une fâcheuse tendance, dans ce genre de situation, à perdre rapidement ma bonne éducation.
- Bon alors ! Le fonctionnaire ! Il va se demerder pour me faire embarquer, j'en ai rien à foutre qu'il n'y ait pas de groupe et que ma place ne soit pas réservée ! Ok ? Tu me colles dans l'avion et puis c'est tout !
- Le règlement, maam, c'est le règlement.
- Ben voyons ! Il a du réfléchir plusieurs jours le petit bonhomme pour nous la sortir celle-là ! Une évidence pareille faut la trouver quand même. Bon ! Je vais m'énerver ...
- Ah ! Parce que maam elle est calme là ? On est en Guyane, maam, alors tu ne parles pas comme ça...
Ce fut sa voix que je découvris en premier, aux intonations à la fois graves et nasillardes, et dans laquelle semblait pointer un rien d'amusement.
- Alors ? Tu es en rade ma belle ? Viens je vais arranger ça. Je le connais ce vieil ours mal léché depuis tellement longtemps que je me demande si il n'a pas oublié de prendre sa retraite ?
Blonde, la soixantaine, beaucoup d'allure, il émanait de la femme qui venait vers moi une impression subjuguante. Elle planta son regard dans le mien et, l'espace d'un instant, je subis un examen de passage qui n'augurait que peu de chance de réussite. Si jamais on me demandait de peindre une toile et de représenter le courage, la vie, la force, la féminité et la transparence des sentiments, c'est à cette femme que je penserais.
- Au fait...Merci, Madame...
- Claude. Et toi c'est ...?
- Chantal.
- Tu vas à Maripa ?
- Oui à Maripasoula
- Je suis la propriétaire du camp 3 S, et j'emmène tout ce petit monde en forêt. Et toi?
- Je dois rejoindre un certain Xavier.
Elle éclata de rire.
- Xavier ? Eh bien, j'espère que tu aimes l'aventure... Mais tu ne seras pas déçue si tu aimes les beaux gosses.
Assise dans l'avion à ses côtés, je découvris pour la première fois la forêt amazonienne. Elle s'étendait à l'infini comme un immense champ de brocolis. Devant ce spectacle grandiose, je me sentis minuscule. Claude était à mes côtés, silencieuse et pourtant tellement présente. J'avais envie de lui poser mille questions mais la certitude de déjà détenir en moi-même les réponses me retenait.
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